L’étiquette et l’état d’esprit au quotidien des kyûdôjin

par Kamogawa Nobuyuki, hanshi 10e dan

Ce texte a été publié dans le Kyûdô magazine en septembre (N° 604) et en octobre 2000 (N° 605).

I. – En dehors du dôjô

1. Il est conseillé de porter l’arc de la main droite si c’est le seul bagage. Dans le cas contraire, il est recommandé de porter le bagage le plus léger de la main gauche (l’arc en l’occurrence) pour que yunde ne soit pas perturbé par un bagage trop lourd et occasionne lors du tir des tremblements, par exemple.
2. Lors d’un déplacement dans un endroit très animé, il faut maintenir l’arc en position verticale et ne pas le tenir contre l’épaule : cela afin d’éviter de déranger les passants et porter l’arc sur l’épaule est une attitude disgracieuse.
3. Marcher en tenant l’arc par la corde n’est pas approprié, cela est discourtois. Et si la corde se rompt, l’arc se détendra vivement et pourra blesser autrui.
4. Ne pas exposer le matériel de kyûdô au soleil, cela risque de l’endommager.
5. Ne pas utiliser de housse en plastique lorsqu’il fait chaud pour protéger l’arc. La chaleur qui s’y emmagasine risque de modifier la forme de l’arc.
6. L’arc est précieux, il faut en prendre soin. Il doit être protégé par une housse et manipulé avec précaution.
7. Pour transporter un arc en voiture, poser l’arc à côté du siège du conducteur, le motohasu vers le bas. Cela pour une meilleure sécurité et éviter d’endommager uwasekiita plus long donc plus fragile.
8. On ne laissera pas l’arc dans une voiture plus que nécessaire pour le transport afin d’éviter les déformations.
9. Ne pas transporter l’arc corde tendue. Si la corde se rompt, l’arc va se détendre et cela risque de blesser quelqu’un.
10. Pour transporter un arc en avion, il faut impérativement bien protéger les deux sekiita (uwasekiita et shimosekiita : voir Manuel de kyudo p. 121, ndt) sur 30 centimètres au moins pour éviter de détériorer ces parties de l’arc qui sont plus fragiles.

II. – A l’entrée et à la sortie du dôjô

1. Dans un dôjô, on se déchaussera en irifune (pointes de pieds dirigées vers l’intérieur) et disposer les chaussures (ou les zori) en position defune (tournées vers l’extérieur) dans l’entrée ou les ranger dans le meuble à chaussures s’il y en a un mis à disposition. Cela fait partie de l’étiquette au quotidien, il faut toujours garder à l’esprit le sens du rangement.
2. Si quelqu’un d’autre prépare les chaussures (ou les zori), alors il faut utiliser ses mains pour les enfiler. Ne pas se chausser directement. Cela représente un acte de remerciement pour la personne qui les a préparées.
3. On rentrera dans un dôjô sans manteau, car on ne peut honorer l’esprit du lieu sans se défaire de ses vêtements d’extérieur. Avant de rentrer dans le dôjô, il faut se dévêtir par courtoisie. Le haori peut être porté, car il est considéré comme un vêtement d’intérieur. (Le haori pour homme est un vêtement officiel).

III. – A l’intérieur du dôjô

1. On honorera le kamidana, il faut saluer d’un rei s’il y a le drapeau national. S’il n’y a ni l’un ni l’autre, alors il faut saluer le tokonoma (kamiza) puis les professeurs et les senpai.
2. On ne s’adressera pas de manière familière aux autres membres du club tel qu’on pourrait le faire à l’école, mais avec déférence. Se montrer respectueux devrait se faire naturellement, même lorsque l’ambiance est suffisamment détendue pour se parler sans faire mention de titres entre senpai, kohai et autres camarades. Le dôjô est un lieu où l’on apprend et l’on respecte le rei pour atteindre le satori. Cela doit être évident pour tous.
3. On évitera de s’asseoir sur les tatamis aux emplacements réservés au jury. Si cela est inévitable, alors on adoptera la position seiza.
4. Il est strictement interdit de fumer dans un dôjô. Cela est irrespectueux pour les tireurs. Le dôjô n’est pas un lieu de détente, ce n’est donc pas convenable.
5. Lors d’une séance de tir, on retirera ses bijoux (bagues, boucles d’oreilles, etc.) et on ne portera que ce qui est essentiel à la pratique.
6. Il faut éviter de rire ou de discuter à voix haute, mais au contraire apprivoiser les codes du kyûdô et respecter le calme pour ne pas troubler la pratique des autres personnes.
7. En position assise, il ne faut pas garder le(s) genou(x) levé(s). Le seiza est recommandé.
8. On ne marchera pas sur le shikii (seuil) lors de l’entrée sur le shajô ou lors de la sortie. On ne marchera pas non plus et on ne s’assiéra pas sur le rebord des tatami. Cela accélère l’usure du shikii et le vieillissement prématuré des tatami.

 

IV. – Utilisation du matériel de kyûdô

1. Arc et corde

– Quand on arrive au dôjô, après avoir salué, il faut d’abord tendre son arc et vérifier sa bonne forme. Ensuite seulement, on va se changer pour revêtir la tenue de kyûdô.
– Quand on aide quelqu’un à tendre son arc, il faut s’assurer d’être bien ancré au sol, et saisir urahazu les deux mains posées en réceptacle contre l’épaule. Il ne faut pas toucher himezori et ne pas pousser l’arc.
– S’il n’y a pas de sturukakeita (encoche en bois fixée au mur), il faut poser urahazu sur yumibukuro ou autre placé au sol et contre le mur afin de ne pas abîmer ces derniers.
– Il faut vérifier la bonne position de la corde : sa longueur, sa position deki ou iriki.
– S’il est nécessaire de modifier la corde après l’avoir tendue, on pousse avec le pied au niveau de shitanari (courbe du bas de l’arc) et, parce que l’arc est précieux, l’on essuie ensuite l’endroit où on a posé le pied.
– Quand la corde s’effiloche, c’est la preuve d’un manque d’entretien. Il faut absolument l’enduire de magusune.
– Il faut saisir l’arc tendu seulement sur le yazuridô, nigirigawa ou saisir la corde.
– Il ne faut pas poser le tsurumaki sur l’arc tendu. Il ne faut pas non plus poser le kake entre l’arc et la corde.
– Il ne faut pas toucher l’arc d’autrui, ni l’ouvrir.
– Lors d’examens ou de tournois, le shinkôgakari (assistant) doit changer la corde cassée d’un arc, mais il ne doit pas ouvrir cet arc.
– Quand on achète un arc, il faut demander la permission du magasin pour l’ouvrir. Il ne faut pas l’ouvrir jusqu’au yazuka, mais seulement l’ouvrir jusqu’à l’oreille.
– Quand on laisse l’arc tendu pendant longtemps, il faut y mettre deux cordes.
– Il ne faut pas poser l’arc à plat sur le sol, ni l’enjamber.

2. Flèches

– Il faut tirer les flèches toujours dans le même ordre ; ainsi, on peut mieux sentir les caractéristiques de chaque flèche. Ce qui peut être utile lors de leur réparation.
– Quand on effectue yatori, il faut d’abord retirer les flèches qui n’ont pas atteint la mato, puis celles plantées dedans en commençant par celles le plus au bord pour terminer par celles le plus au centre.
– Quand une flèche a percé le bois de la mato, il faut maintenir celle-ci avec les genoux et retirer la flèche à deux mains.
– Quand la flèche est retirée, la tenir plumes en haut et du côté du kamiza et le yanone en bas dans la paume de la main et la rapporter à l’intérieur du dôjô.
– Yatori est effectué par les kyudojin et non par le sensei.

3. Kake

– Il ne faut pas enfiler le gant d’autrui ni toucher le tsurumakura.
– Pour enfiler le gant, il ne faut pas se tourner vers le kamiza, mais en direction de shimoza et en position de kiza ou de seiza.

4. Mato

– Quand on indique la position de la mato sur l’azuchi, il faut le faire en kiza.

5. Divers

On ne doit pas faire yatori en gardant son kake, le tasuki, le tsurusuberi, etc.

 

V. – Le tir

1. On observe souvent – dans les dôjô publics, lors de monomae (moment précédant le taikai ou le shinsa) ou en pratiquant ikomi (pratique en groupe sur la même mato en tenant chacun quatre flèches). Cette pratique n’est pas recommandable eu égard aux autres pratiquants. Cependant, si tous les kyûdôjin présents n’y voient aucune objection, alors cela peut être accepté.
2. Lorsque l’on pratique dans un autre dôjô que le sien, il faut s’en tenir à hitote (tirer deux flèches) et non tirer quatre flèches d’affilée, à moins que cela ait été décidé et accepté par les autres pratiquants.
3. Il est strictement interdit de tirer beaucoup de flèches d’affilée sur une même mato. Surtout il n’est pas autorisé d’utiliser la mato du professeur afin d’éviter tout risque d’abîmer ses flèches. Dans le cas où il l’autoriserait, il faut respecter ses instructions.

VI. – Recevoir l’enseignement

Lorsque l’on suit un enseignement pendant un séminaire, il faut s’abstenir de contrer les arguments ou de proférer des excuses. Un séminaire est, à l’origine, une assemblée pour recueillir le savoir-faire des enseignants et ce n’est pas un lieu de débat. Cela nuit aux autres participants. Il est important que chacun collecte les remarques et les enseignements et nourrisse ses entraînements en choisissant de privilégier ce qui lui est utile personnellement. Il y a rarement de bons tireurs parmi ceux qui trouvent à redire.

VII. – Enseigner

De nombreuses personnes prennent l’initiative d’enseigner. Il faut s’en abstenir en présence d’un haut gradé et seulement suivre les instructions de ce dernier. Il faut savoir que les shidosha enseignent petit à petit en tenant compte des conditions physiques, de l’expérience des élèves. Le risque est de perturber les élèves par des explications peu mesurées.

VIII. – Mitori geiko, entraînement par l’observation

1. Il ne faut pas observer le yanori (visée) des haut gradés, à moins qu’ils ne l’aient demandé, car cela dénote un manque de respect à leur égard.
2. Lorsqu’on observe le tir des shihan (ses propres professeurs ou les hanshi), il faut le faire en position assise, mais pas se tenir en face de la personne, sinon avec sa permission. L’observation peut se pratiquer également debout. Il faut suivre les codes de mitori geiko en observant le rei.

IX. – L’état d’esprit à respecter en particulier

1. Keiko wo hare ni suruzo to tashinami te, hare obatsune no kokoro narubeshi. Il faut toujours s’entraîner comme si on était un jour d’examen ou dans un taikai, ainsi on garde l’esprit serein.
2. Le tir s’effectue avec le cœur (esprit). On doit ressentir un état de sérénité lors du kai. On ne peut pas l’éprouver si l’on contraint l’arc. Plus on reçoit la puissance de l’arc avec le squelette, plus on ressentira aisance et sérénité.
3. L’entraînement doit se concentrer sur les bases. Il ne faut pas négliger de s’entraîner avec la conscience de l’unité de l’esprit et du tir, sans se focaliser sur le fait d’atteindre la cible. L’absence de spiritualité ne permet pas la bonne pratique du tir. Par sa présence, elle fait advenir le tir véritable.

J’ai noté tout ce que j’ai appris des professeurs et des senpai afin de pouvoir vous le transmettre. Veuillez garder cet enseignement dans votre esprit et ne pas le considérer comme de simples notes. Je souhaiterais également que vous puissiez les transmettre aux générations futures.